La littérature africaine s’enrichit d’une œuvre au croisement de la science des risques et de la sociologie des mœurs. Docteur en droit de l’environnement et expert international en gestion des risques et des catastrophes, Rémy Akpovi publie aux Éditions AB Alke Bulan au Canada son tout premier roman intitulé « Djoutaoun, la malédiction de l’enfant-roi ».
Ce glissement de la gestion des crises climatiques vers l’écriture romanesque répond à un constat alarmant de l’auteur. Il s’agit de la dérive d’une partie de la jeunesse, enlisée dans la cybercriminalité et le gain facile qui constitue une véritable catastrophe humaine qu’il convient d’anticiper avec la même rigueur que les désastres naturels. Le point de départ de l’œuvre explore la psychologie de l’« enfant-roi », un concept que l’auteur définit non pas par la richesse matérielle, mais par un sentiment d’impunité totale et d’exceptionnalisme inculqué dès le plus jeune âge.
Le protagoniste, Djoutaoun, bien qu’issu du milieu modeste de Tohodahomey, rejette les règles communes, refuse les tâches domestiques et méprise le labeur de ses parents. L’auteur y dépeint le choc frontal entre la génération du travail à l’ancienne, incarnée par le père Gbênoukpo et la mère Ahossi, et une nouvelle génération fascinée par l’immédiateté et les écrans. Pour Rémy Akpovi, ce mépris des sacrifices parentaux coupe les racines des jeunes avant la tempête.
La rupture définitive survient lorsque Djoutaoun commet un acte d’insoumission physique en arrachant le bâton de punition des mains de son patron Azognon, après avoir détruit un miroir de valeur. Ce refus de la discipline formatrice scelle son entrée dans la délinquance et illustre la thèse de l’auteur selon laquelle l’absence de limites mène inéluctablement à l’autodestruction et à la sanction froide de la société.
Le roman plonge ensuite dans les plaies contemporaines de la jeunesse, notamment le proxénétisme en milieu scolaire et la cybercriminalité des « Gay-men ». Rémy Akpovi démonte la rhétorique justificative populaire chez les hackers, qui qualifient l’escroquerie envers les Occidentaux de rééquilibrage historique. L’auteur oppose à ce mirage la réalité des victimes brisées à l’autre bout du monde et rappelle qu’aucun continent ne peut bâtir son développement sur le vol. Condamné à cinq ans de prison ferme à Ayémi, Djoutaoun fait face à son destin.
L’œuvre atteint son nœud dramatique lorsque, à deux mois de sa libération, le détenu s’évade par panique de l’avenir, avant de revenir de lui-même une semaine plus tard. Ce retour volontaire, dicté par une confrontation avec sa propre conscience dans la brousse, constitue son premier acte de responsabilité citoyenne, prouvant que la vraie liberté exige d’assumer pleinement ses actes.
La rédemption de Djoutaoun se détache des illusions urbaines pour s’ancrer dans des valeurs concrètes et locales. Son exil à Finignon puis à Djrokoko l’amène à l’apprentissage de la forge auprès de Jésoukpégo, où il intègre la discipline du fer qui doit passer par le feu pour devenir une lame. Ce parcours initiatique se prolonge par le retour à la terre. L’agriculture, exigeante et patiente, s’impose comme l’antithèse absolue de la cybercriminalité puisque la terre ne triche jamais.
Rémy Akpovi accorde une place centrale à la spiritualité à travers une campagne de délivrance et la rencontre avec un Pasteur. Cette dimension permet au personnage de verbaliser ses traumatismes, de briser ses prisons invisibles et d’accepter le pardon. En refermant le livre, l’auteur lance un appel à la dignité et au travail, rappelant que les raccourcis faciles ne sont que les barreaux des prisons de demain et que le bonheur véritable réside dans l’effort et la vérité.
Donatien Fernando SOWANOU
