L’autobiographie est un exercice périlleux. Entre l’écueil de l’autocélébration stérile et le piège du récit chronologique fastidieux, rares sont les auteurs qui parviennent à transformer leur trajectoire personnelle en une leçon universelle. Avec son nouvel ouvrage, « Mon odyssée de Sahouè-Doutou à la Légion d’honneur de Paris », lancé récemment à Cotonou, Pierre d’Alcantara Zocli réussit ce tour de force. En 275 pages, l’homme d’affaires et diplomate livre bien plus qu’un miroir tendu vers son passé : il offre un véritable manuel de résilience et de haute voltige entrepreneuriale à la jeunesse africaine.

L’œuvre s’ouvre sur les terres de Sahouè-Doutou, un village béninois d’où rien ne présageait une telle ascension. L’auteur y raconte, sous la plume fine du Dr Tanguy Agoï qui en a assuré la présentation, une enfance rythmée par les réalités rurales et les imprévus du destin. Saviez-vous qu’un simple accident de vélo avait scellé son entrée tardive à l’école à l’âge de dix ans ? C’est là toute la magie de ce récit : démontrer comment les bifurcations de l’existence, lorsqu’elles sont saisies avec audace, forgent les grands destins. D’une écriture fluide, dépouillée de toute grandiloquence académique, le texte se lit d’une traite. La mise en page aérée et le ton direct favorisent une intimité immédiate avec le lecteur. On y suit, pas à pas, un homme parti avec pour unique bagages ses rêves et une inextinguible soif d’apprendre, gravissant les échelons jusqu’aux cercles très fermés de la diplomatie et de la reconnaissance internationale.

Un diplomate « bâtisseur de ponts »


Ce parcours d’exception s’articule autour de trois piliers fondamentaux que l’ambassadrice de Belgique au Bénin, Sandrine Platteau, a fort justement mis en exergue lors de la dédicace : l’éducation, l’entrepreneuriat et l’ouverture internationale. Qualifié d’« ami des diplomates », Pierre d’Alcantara Zocli se révèle être un bâtisseur de ponts transcontinentaux, capable de faire dialoguer les cultures, les institutions et les chefs d’État dont il distille de savoureuses anecdotes au fil des pages. Mais le cœur du plaidoyer de Zocli se situe dans l’urgence d’une réforme des mentalités économiques en Afrique. À travers ses voyages et ses succès, il invite instamment à injecter l’esprit d’entreprise au sein même des systèmes éducatifs du continent. Pour lui, l’école africaine ne doit plus seulement diplômer, elle doit armer les jeunes à créer de la valeur et des emplois.

La consécration d’un itinéraire


L’apothéose de ce récit se matérialise par l’obtention des insignes de Chevalier de la Légion d’honneur française. Une distinction éminente que l’auteur refuse pourtant d’envisager comme une simple médaille de fin de course. « Cet instant n’est pas seulement une consécration. Il est le reflet d’un long voyage jalonné de défis, de rencontres, d’initiatives audacieuses et de convictions profondes », écrit-il avec beaucoup de lucidité. Salué par le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) comme un précieux « guide de vie », « Mon odyssée de Sahouè-Doutou à la Légion d’honneur de Paris » est une œuvre salutaire. E

lle rappelle à chaque jeune, quel que soit son point de départ, que les frontières géographiques et sociales ne sont jamais une fatalité lorsque la volonté reste inflexible. Une lecture indispensable pour quiconque veut réapprendre l’art d’oser.

Donatien Fernando SOWANOU

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