Dans l’univers des lettres béninoises, la fantaisie et les littératures de l’imaginaire se frayent progressivement un chemin. Écrivaine et contributrice du recueil collectif de nouvelles Soolim, l’autrice s’est livrée sur sa nouvelle « La naissance d’Akuna » . À la croisée du mystique et des réalités endogènes, son récit place la femme au centre d’une intrigue palpitante, réinterrogeant la frontière entre dangerosité perçue et véritable puissance féminine.

Inès Segla se distingue par une plume audacieuse. Dans sa nouvelle « La naissance d’Akuna », l’écrivaine plonge le lecteur dans une atmosphère où les vivants côtoient les esprits et le monde occulte. Nourrie dès son adolescence par les œuvres de grands maîtres de la littérature fantastique tels que Stéphane King, Nora Roberts ou Robin Hobb, l’autrice explique avoir voulu transposer les codes du genre dans le patrimoine culturel et spirituel béninois, notamment à travers les figures du Vodoun et du Fa.

L’intrigue s’ouvre sur une scène nocturne et mystérieuse : une femme s’avance vers l’autel d’une divinité dénommée Tôlegba pour une union intime prohibée, cherchant à dissimuler une infidélité et à échapper au jugement d’un rituel traditionnel. Ce geste, mû par la volonté d’échapper à la sentence, rompt un interdit fondamental et déclenche des perturbations spirituelles majeures dans la cité, ouvrant la voie à une menace calamiteuse. Une telle trame pourrait, à première vue, reconduire le mythe éculé de la femme cause originelle du malheur.

Pourtant, Inès Sègla recadre fermement cette lecture. « Ce n’est pas pour montrer la dangerosité de la femme, mais pour montrer la puissance de la femme. Le sexe féminin renferme quelque chose de spirituel d’extrêmement puissant » ajoute-t-elle. Pour l’autrice, attribuer l’origine des grands bouleversements à une figure féminine revient à souligner son rôle pivot et sa capacité d’impact sur l’équilibre du monde. Loin d’être un simple facteur de désordre, la femme est décrite comme une force créatrice dont l’énergie spirituelle lorsqu’elle est ignorée ou altérée peut transformer le cours de la cité.

Au-delà de la fiction, la démarche d’Inès Segla et des co-auteurs de Solim répond à une ambition culturelle : démystifier et revaloriser les traditions endogènes. Trop souvent diabolisés ou relégués au rang de simples tabous, les éléments du Vodun et de la spiritualité locale deviennent ici la matière première d’un univers fantastique captivant.

En offrant aux lecteurs des récits ancrés dans leur propre imaginaire tout en adoptant des genres modernes comme la fantasy, Inès Sègla invite la jeune génération à se réapproprier son héritage culturel avec fierté et curiosité. Une prestation télévisuelle remarquée qui confirme le dynamisme et la maturité de la nouvelle scène littéraire béninoise.

Donatien Fernando SOWANOU

By admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *