Le libraire n’est pas un simple commerçant. Il est le médiateur, le conseiller et le passeur de culture qui connecte l’œuvre au lecteur. Prudentienne Gbaguidi, promotrice de la librairie Savoirs d’Afrique et présidente de l’Association nationale des libraires du Bénin, s’exprime sur les enjeux, les défis et la passion qui animent ce métier fondamental pour la chaîne du livre.

Pendant longtemps, les rayons des librairies ont été dominés par les classiques de la littérature occidentale, laissant peu de place à la production locale et continentale. C’est pour inverser cette tendance que la librairie Savoirs d’Afrique a vu le jour. De la génération des classiques comme Olympe Bhêly-Quenum ou Jean Pliya jusqu’à la floraison contemporaine incarnée par des plumes comme Florent Couao-Zotti, Habib Dakpogan ou Camel Toudonou, le livre béninois connaît un essor inédit. L’enjeu des libraires spécialisés est d’offrir une vitrine digne à cette diversité éditoriale.

Loin de l’idée reçue qui associe l’activité de libraire à une entreprise lucrative, Prudentienne Gbaguidi rappelle que le métier repose avant tout sur un engagement passionné. Gérer un fonds, sélectionner des titres, calculer les coûts de revient et maintenir des prix accessibles à la bourse des lecteurs exigent une rigueur quotidienne. Le bonheur du libraire réside ainsi dans la découverte des nouveautés et le plaisir partagé d’orienter le lecteur vers des ouvrages adaptés.

Au-delà de la vente en boutique, les libraires béninois mènent un combat sur plusieurs fronts. La prolifération de copies illégales et de contrefaçons fragilise la création et la chaîne du livre. L’association impose à ses membres une charte éthique stricte et appelle à une réaction étatique plus rigoureuse. À travers la Caravane du Livre, la participation à des festivals ou des expositions culturelles, les libraires déplacent le livre hors des centres urbains pour toucher les enfants et les familles. L’accès régulier aux bandes dessinées, contes et albums jeunesse reste le remède le plus efficace contre l’addiction aux écrans et le déclin du niveau de langue.

La vitalité de la littérature ne dépend pas uniquement de ceux qui l’écrivent ou l’éditent, mais aussi de ceux qui la font vivre au quotidien. En défendant l’exigence de la profession et la promotion des fonds locaux, les libraires réaffirment leur rôle essentiel dans la sauvegarde et le rayonnement du patrimoine intellectuel national.

Donatien Fernando SOWANOU

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